Carnet de route

AROUND THE MANASLU

Le 21/10/2009 par Jean-Jacques THUET

Le Manaslu seigneur des lieux, huitième plus haut sommet de la planète (8163m)


Au fil des jours……


J1. Le 21 octobre 2009.

Voyage de Mulhouse à Katmandou via Basel, Frankfurt, Doha.

Nous sommes 21 à partir, 9 pour le Manaslu, 12 pour le Langtang.

Six autres membres du Club Alpin de Mulhouse sont déjà partis depuis quelques jours pour tenter l’ascension de l’Ama Dablam (6856 mètres)

 

J2/ Katmandu

Atterrissage vers 10H. Accueil et installation à l'hôtel Shakti (1) dans le cœur palpitant de la ville. Toujours avec notre guirlande de fleurs oranges, d’œillets d’Inde, accrochée à notre cou dès la sortie de l’aéroport. Présence de Bhim, patron de l’agence de trek Mandala, et des sirdars des deux groupes : Phurba et Ramesh. Récupération des passeports, des photos pour obtenir les permis de trek.

L’après-midi reste disponible pour une première incursion en ville, prendre un repas, changer des euros en roupies, et louvoyer dans des rues sans trottoirs, sans signalisation, où se mêlent piétons, motos, voitures dans un concert de klaxons assourdissant.

(1) : shakti : énergie féminine dans les relations mâle-femelle ; déesse et épouse d’un dieu.

 

J 3/ Kathmandu et sa vallée

Visite le matin de Kokana (le village newar sans poules), de Bungamati, où nous croisons une procession, colorée, en l’honneur d’une personne fêtant ses 77+7..+..7 ans.

L’après-midi, arrêt à Patan, pour manger sur une terrasse surplombant Durban Square et nous permettant de voir à l’horizon les cimes enneigées du Langtang, de l’Himal Ganesh…. Puis visite de Durbar Square (Places royales, que nous retrouvons dans les trois villes capitales ou ex-capitales des royaumes de la vallée de KTM)

 

J 4/ Kathmandu - Arughat (650 m) –

Départ en bus tôt le matin à destination d’Arughat. 8 heures de voyage prévues, 10 effectives pour 150 kilomètres de route. La circulation est anarchique, difficile. Nous croisons beaucoup de camions, très colorés, surchargés, parfois en panne. Egalement des bus (de marque Tata), du matériel rustique, avec bagages et voyageurs sur le toit. Déjeuner dans une petite gargote au bord de cette voie qui relie KTM à l’Inde.

A Malehkhu nous la quittons pour une route plus étroite qui bientôt se transforme en piste, de plus en plus raide, par endroit creusée d’ornières et de fondrières. Un camion bloqué, dans un tournant, nous empêche de passer.

A Arughat Bazar (2000 hab.) nous retrouvons l'ensemble de nos porteurs. Premier test de notre matériel de camping. Les tentes sont confortables, spacieuses, avec moustiquaire, poches latérales bien pratiques pour ranger lunettes, lampe frontale, enveloppes de sac de couchage et matelas, et autres accessoires indispensables se retrouvant ainsi facilement en sortie de sommeil, nocturne ou matinale, parfois pressante.

 

J 5/ Dimanche. Début du trek. Arughat – Sati Khola (750 m)
4 h de marche. M : 300m. D : 200 m.

Réveil à 6H. Et il en sera ainsi tous les jours. Passang, Dillip ou Rajesh (les assistants guides) nous proposent, à l’entrée de la tente, une tasse de thé, avec ou sans sucre, et nous apportent une cuvette d’eau chaude pour nos ablutions matinales. Nous nous préparons, bouclons nos sacs, pour un petit déj à 6H30. Pendant ce temps les porteurs, ils sont 21, conditionnent leur chargement et se mettent en route. Avec les guides et cuisiniers, nous sommes une quarantaine de personnes.

Nous allons maintenant remonter la Budhi Gandaki (Gandaki = rivière/torrent ; budhi= nom d’une déesse semble t-il) pendant 9 jours, sur plus de 100 km, jusqu'à sa source. Sur la rive droite, le chemin parcourt une région très cultivée : champs de millet, de riz en terrasses, bordés de bandes de soja.

Beaucoup de circulation sur notre route/chemin : porteurs, enfants qui vont à l’école (début des cours à10H  ; costume différent selon les écoles).

Près du chemin, des hameaux. De simples constructions ouvertes. Avec un mobilier de fortune et un four arrondi en argile, sur le sol de la même argile. Le four possède un orifice sur un coté pour y introduire le bois et deux trous au sommet pour y faire bouillir l’eau, les repas.

Arbre remarquable, le pipal (ficus religiosa), arbre sacré pour les hindouistes et bouddhistes.

Vers 11H, arrêt pique-nique dans un endroit choisi par Teke, dit « le cook ». Toujours une très bonne cuisine, avec boisson à l’arrivé et thé au départ. En somme, du « quatre étoiles » sous la voute étoilée de l’Himalaya [l’alaya ( le domaine, la demeure) de la neige, hima]

Nous traversons plusieurs affluents jusqu'à la confluence de la Buri Gandaki avec la Sati Khola où nous campons. A proximité, un paysan laboure un lopin de terre avec un araire tiré par un attelage de bœuf.

 

J 6/ Sati Khola - Maccha Khola (950 m)
5 h30 de marche. M : 700 m. D : 500 m.

Le paysage change franchement. Les rives de pentes boisées se transforment peu à peu en falaises vertigineuses. Le chemin empierré monte et descend... Plus haut, à Lapubesi, la vallée s'élargit à nouveau et en fin de journée nous en suivons le fond, large lit de sable blanc.

Mais auparavant, le matin, nous sommes stoppés par la bande des quatre…maoïstes. Ils ont le langage, la posture, la tête de l’emploi pour nous obliger à payer 1000 roupies par personne.

Nous sommes rattrapés par les porteurs partis après nous. Ils se courbent sous le poids de leur chargement, qui ridiculise nos légers bagages. Nous les dépassons lorsqu’ils s’arrêtent pour manger ou pour poser leur fardeau sur des terrasses, bancs de pierre surélevés.

Ce jour, une des femmes porteurs se foule légèrement le pied mais repart le lendemain, avec tout de même une paire de pataugas pour remplacer ses claquettes

Campement près du village de Maccha Khola.

 

J 7/ Maccha Khola – Yara Kola (1400 m)
5h30 h de marche. M : 750 m. D : 300 m

 La zone des terres cultivées (champs de sarrasin, de riz) se termine : les pentes devenant trop escarpées, les rares champs restants sont pauvres. Nous suivons la rivière coincée entre deux falaises jusqu'aux sources chaudes de Tatopani. Changeant de rive par un pont suspendu, nous pénétrons une zone boisée. Plus loin, la rivière devient tumultueuse, forçant son passage au milieu des rochers. Traversée de Nero, zone de très hautes falaises rocheuses et poursuite jusqu'à Jagat où nous campons. Un jeune berger nous demande des médicaments : il semble avoir une otite. Toujours beaucoup d’enfants présents. Très curieux de nous voir. Ils sont très agiles. Libres. S’autogèrent. Les grands s’occupent des petits. Peu de cris, d’énervement.

19H, il fait nuit ou presque : la lune éclaire la scène, le torrent qui gronde, roule ses eaux tumultueuses, crêtes d’écume blanches, grises, autour des rochers qui encombrent son lit, dévient son cours, qui disparaît plus bas dans l’ombre. Tout autour, sous la voûte étoilée, dans une lumière blafarde, se dressent pans de montagne, crêtes garnies de quelques arbres Certains trouvent le tableau, l’ambiance romantique, magique, féerique. D’autres la trouvent plus sinistre et oppressante.

20h : tout le monde dort.

 

J 8/ Yara Kola - Philim (1600 m)
4 h de marche. M : 550 m. D : 350 m.

Un modeste "7000" se profile devant nous : le Shringi Himal. Poursuite jusqu'à Philim.

Les femmes porteurs ne perdent pas leur temps pendant les « pauses » : elles tricotent !

Phurba nous montre une plante dont le fruit sert d’épice [ Timbur : arbuste avec épines et à fruits rouge] et la plante qui est recherchée pour fabriquer du papier ( Lokto, feuille verte effilée, fleur blanche)

Toujours sous le soleil en ce début d’après-midi, arrivée à Philim, après avoir franchi un long pont suspendu. En contrebas, Phurba négocie avec le préposé au check point.

Visite du monastère. Montée de 120 mètres, par un chemin en escalier, à travers les cultures en terrasses (maïs, haricots, soja, millet….). Nous passons devant une forge …d’un autre âge où deux artisans, travaillant en position assise, noircis par les fumées du feu de la forge, manient soufflet (vessies de bêtes) et marteau. Impressionnant. On dirait une scène de tournage d’un documentaire sur la protohistoire, du temps de l’âge de fer.

Campement dans le village avec une animation nocturne soutenue : chants de cigales, disputes, concert d’aboiements de chiens sur fond de murmure de la Budhi Gandaki qui roule ses eaux un peu plus bas.

 

J 9/ Philim - Deng (1900 m)
4 h 30 de marche. M : 700 m. D : 400 m

La vallée est encaissée à l'extrême, le paysage devient franchement alpin. De magnifiques forêts de pins bordent le chemin. Nous empruntons un sentier balcon taillé dans la falaise juste au-dessus du vide.

Vue sur les massifs du Ganesh et du Chuli.

Nous croisons fréquemment des caravanes d’ânes. Les escaliers, dalles de pierres plus au moins ajustées, facilitent le passage des caravanes, porteurs, …

Nous passons tous à gauche du Chorten pour entrer dans le village où nous allons camper.

Deng se situe à la jonction de plusieurs torrents. L’un nous sert pour nos lavages et sur le chemin qui y mène Claude nous signale la présence d’un beau moulin.

Un peu de tension dans le groupe ce soir, à la suite de l’idée émise par l’un de nous que ce ne soit pas toujours les mêmes qui marchent dans les pas du guide

Patrice soigne la main d’un petit garçon qui a une brûlure.

 

J 10/ Deng- Namrung (2600 m)
6h30 h de marche. M : 1300 m. D : 600 m.

La rivière coule au fond d'une gorge profonde et étroite ; par un chemin en corniche, nous suivons ce beau canyon.

Parfois, dans l’échancrure des vallées, apparaissent puis disparaissent les cimes enneigées des géants de l’Himalaya. Le sentier commence à monter franchement à travers une forêt extraordinaire mêlant les espèces de différents étages de végétation.

La couleur verte est encore dominante.

Nous sommes maintenant en plein pays bouddhiste ; quantité de murs de mani (pierres ornées de gravures bouddhistes) souvent très beaux et de drapeaux de prières flottant au vent.

Campement juste auprès du village de Namrung.

La température à la tombée de la nuit commence à fléchir.

Les porteurs allument des feux pour se réchauffer.

Quatre d’entre eux nous quitteront demain : en effet, au fil de notre progression, la charge s’allège  ; nous avons déjà brûlé un tiers de notre kérosène, 6 litres par jour pour la cuisine, produire de l’eau chaude.

 

J 11/ Namrung - Sama(3400 m)
7h30 h de marche. M : 1400 m. D : 600 m.

Anne-Claude suggère un petit nettoyage du campement, ramassage des sachets en plastique, emballages divers que nous jetons dans le feu.

Nous passons par Ligaon, Sho, Lo... magnifiques villages "tibétains" avec beaucoup de monde dans les champs. Et….le voilà enfin, le Manaslu, avec ses différents satellites qui émerge au-dessus des forêts de mélèzes et des temples, de neige et de glace dans l’espace céruléen.

Sur notre parcours les couleurs d’automne mordorées, d’ambre et de jaune, ont remplacé le vert dominant de la veille.

A la sortie du village de Sho, deux singes, des entelles (ou Langurs) nous observent.

Nous admirons un beau Stupa coloré sur le lieu de notre repas de midi à Sho et partons, après une petite sieste, visiter le monastère. A proximité, internat d’enfants, jeunes postulants moines. Des enfants nous décadenassent la porte (statues de bouddhas et autres divinités…des manuscrits, 108 livres à gauche (écriture tibétaine sur papier L) relatant l’histoire de Bouddha, à droite celle de grands lamas, autel avec statuettes en beurre de yack, offrandes, …)

Nous continuons de remonter la Budhi Gandaki qui maintenant roule des eaux plus grises de ses sédiments arrachés à la montagne. Nous nous rapprochons de la frontière chinoise que nous allons longer durant 4 jours, à qqs 5…10 km de distance. Des cimes enneigées que nous voyons se trouvent sur cette frontière (Saula Himal : 6200m).

Arrivée à Sama (2000 hab.) qui en hiver accueille également ceux du village en amont, Samdo que nous rejoindrons le lendemain.

Nous posons nos sacs, installons nos affaires dans la tente, faisons un brin de toilette. L’un ou l’autre vient s’asseoir près de Max pour chercher des informations sur l’étape, qu’il note jour après jour : durée de marche, dénivelées, menus des repas…

 

J 12 Sama. Journée de repos
5h30 de marche. M : 700 m. D : 700 m.

Dimanche, jour de repos……repos de 700 m de très, très raide montée hors sentier, quasiment du parcours commando à travers bambous, rhododendrons, bouleaux pour arriver sur une crête surplombant Sama. Superbe bout de vallée de plusieurs terrasses emboitées.

Des couleurs jaunes, rouges, vertes, ocres…et bien sûr le blanc des cimes enneigées, de celles du Manaslu qui se découpent sur un ciel bleu azur.

 Au retour passage à proximité d’un chantier de fabrication d’offrandes à base de riz et beurre (en forme de pain de sucre). A quelques pas de là, une trentaine de moines psalmodient de l’aube au coucher du soleil, accompagnant leurs lectures/chants de musique. Atmosphère pieuse, sereine, paisible. Simone et Anne-Claude y retourneront pour prolonger ce moment apaisant.

Nous sommes maintenant à 3500 m environ et dormirons trois nuits à cette altitude pour nous acclimater. Une dizaine de porteurs nous a encore quitté ce matin. Ils sont de l’ethnie Gurung. Les femmes portent un anneau/bijou au nez

 

J 13/ Sama - Samdo (3700 m)
4 h de marche. M : 450 m. D : 150 m

Nous montons jusqu'au superbe village de Sama (3360 m)

Le rouge d’un arbuste omniprésent (probablement l’épine-vinette … berbéris) et le gris de la roche sont les couleurs du jour.

Nous continuons de monter régulièrement dans un paysage de pâturages d'altitude où paissent les yacks ; sur la gauche, glaciers noirs et faces rocheuses austères. Campement près d'un petit ruisseau à Samdo ou nous arrivons à 11H. Une femme porteur a mal à la tête : nous lui donnons un médicament.

Plusieurs d’entre nous parcourent le village. Max et Catherine visitent l’intérieur de maisons. Annick revient avec une cloche achetée à ces tibétains, immigrés installés ici depuis fort longtemps. D’autres observent la vie d’une école ou les enfants étudient, jouent, se restaurent, …..l’air épanouis, heureux. Ou suivent l’installation d’une parabole, événement dans le village. Irruption du 20ème siècle dans le 10ème. Anachronismes et contrastes permanents au coeur de l’Himalaya : portables, bouteilles de coca, sachets en plastiques jonchant le sol se télescopent ici, avec des tableaux bucoliques de moissonneurs maniant la serpette, ailleurs avec des villages, leurs animaux et habitants à l’allure préhistorique.

Après le repas de midi, exercice d’utilisation du caisson hyperbare. Du beau matériel, tout neuf, une belle enveloppe rouge, une pompe …Mais ….... ? Comment contrôler la pression ?...Ou est le manomètre ? De toute évidence il n’a pas fait le voyage !!! Consternation dans les rangs. Grosse inquiétude pour les candidats au mal des montagnes, futurs utilisateurs du caisson…jusqu’à ce que Patrice trouve un…des manomètres …les altimètres aux poignets des randonneurs !!!

16H : le ciel se couvre, le vent se lève, quelques nuées porteuses de grésil semblent commencer à accrocher, ici ou là, la montagne, en altitude. Nous vérifions l’amarrage des tentes et à l’abri sous la grande tente bleue, tout en prenant notre thé quotidien qui nous réchauffe, nous jouons à nous faire peur en évoquant des scenarios catastrophiques de neige précoce qui nous compliqueraient le cheminement et le passage du col prévu le surlendemain.

 

J 14/ Samdo - pied du col (4450 m)
5 h de marche. M : 850 m. D :100m

Mais en ce mardi, le ciel est d’azur, sans un nuage comme tous les jours depuis notre départ et il le restera jusqu’au bout.

Les matinées sont fraiches, froides diront l’un ou l’une ! Patrice nous annonce – 4°C sous la tente. En effet les vêtements mis à sécher, gelés, sont devenus durs comme du bois. Le givre tapisse même la face interne de nos toiles de tente.

Montée vers Samdo au pied de plusieurs "géants himalayens" : devant nous le Larkya Peak et ses satellites, derrière nous les cimes du Kutang Himal.

Nous retrouvons la Budhi Gandaki qui, maintenant ruisselle à travers une myriade de galets, rochers, roches

Notre progression est lente, ralentie par Claude à la limite de ses forces, réduites par sa bronchite chronique.

 

J 15/ Pied du col - col Larkya (5100 m) - Bhimthang (3600 m)
10 h de marche. M : 650 m. D : 1500 m.

Réveil matinal…à 1H45 pour un départ au clair de lune vers trois heures du matin. Nos lampes frontales sont inutiles. La montée continue sur le versant est du col ; elle est douce, puis trop douce, donnant le sentiment de ne pas avancer. Mais, de toute évidence elle était à peu près adaptée à l’altitude et au manque de souffle, à l’hypoglycémie, au  mal de montagne naissants.

En point de mire, le très beau pic Larkya. Arrivée au col vers 8H, à environ 5100 mètres

Séance photo.

Remise d’un maillot CAF à notre guide, Phurba…

…et savourer le plaisir :

Qui d’avoir réussi à franchir le col, la partie la plus délicate du trek

Qui d’admirer un paysage de montagne, en plein cœur de l’Himalaya, près du Tibet et de la Chine

Qui d’avoir cheminé pour la première fois au-delà de 5000 m

Qui des responsables du trek, Raymond, Phurba et son équipe, de voir toute l’équipe réunie passer ce col.

De là, et tout au long de la descente d'une immense moraine, panorama fantastique sur le cirque du Péri Himal. Une descente dans des traces de neige durcie, parfois verglacée. Arrêt pique nique vers midi au bas du col. Nous continuons sur un sentier, une descente régulière jusqu’à Bimtang

 

J 16/ Bhimthang - Tilje (2300 m)
7h de marche. M : 400m. D : 1700 m.

Nous commençons par descendre, traverser, puis remonter le lit du glacier. Pendant quelques heures, nous ne savons plus où donner de la tête : le massif du Péri Himal, l'immense cirque ouest du Manaslu... époustouflant. Ambiance féerique dans la forêt : rhododendrons, arbres immenses, lichens aux branches, et les glaciers à l'arrière-plan. Nous progressons le long de la Dhudh Khola, (Dhudh = lait) un torrent impétueux qui doit son nom à son aspect laiteux, des fins sédiments sableux et blancs

Vers 2500 m réapparaissent les premiers chants de cigales, les premières cultures.

Campement à Tilje.

 

J 17/ Tilje -Chamche Jagat (1400 m)
7 h de marche. M : 500 m. D : 1400 m.

Au petit déjeuner : du thé, chappattis, omelette, beurre de yak, confiture, miel, lait. Certains jours il y a des flocons d’avoine, ou des pétales de maïs, ou du porridge.

Descente le long de la Dhudh jusqu'à Thonje où nous faisons la jonction avec la Marsyandi et le tour des Annapurnas.

Puis, 1 h 30 plus tard, nous arrivons au village de Tal et sa belle cascade, où, après un lavage de cheveux au soleil pour quelques-uns  …et -unes, nous mangeons. Repas toujours varié et copieux. Au menu :
- Soupe en entrée
- Puis frittes, haricots verts, petits pois, pâtes+sauce tomate
- Et beignets aux pommes en dessert

Nous reprenons notre chemin, pour partie sur le tracé d’une route en construction. Avec une halte en attendant que les artificiers aient fait sauter leur charge de dynamite. Impressionnant. Un travail titanesque au regard des moyens techniques mis en œuvre. Attaque de la roche au pic. Quand elle est trop dure les logements destinés à recevoir l’explosif sont forés à la pointerolle ou à la barre à mine. Les déblais sont évacués à la pelle, avec parfois un maniement à deux personnes, l’une orientant la trajectoire avec le manche, la deuxième exerçant une traction sur la bas de la pelle en la tirant avec une corde. Les matériaux pour les besoins du chantier sont portés à dos d’homme : paquets de tuyaux de 3 mètres, câbles… Seul matériel moderne sur une vingtaine de km de chantier : un compresseur pour faciliter les forages au marteau piqueur ….et un bulldozer …au repos, lui !...

Ces grappes d’être humains, avec parfois enfants et femmes, agrippés aux parois, travaillant dans des conditions précaires, nous ramènent à des visons d’un autre âge, celle par exemple de la création des routes alpines à l’époque de Napoléon.

Arrivé à Jagat 17H

Claude, Patrice, Dillip et Radjes arrivent, la nuit tombée, vers 19H

 

J 18/ Chamche Jagat - Bhulbhule- (900 m)
6h30 h de marche. M : 500 m. D : 1000 m.

Nous empruntons encore au début de cette étape le tracé de cette future route, en construction de Bhulbhule à Manang au fond de la vallée la tumultueuse Marsyandi.

Sur l’autre versant de la vallée, des rizières en terrasses, Bahundanda, un village Gurung sur une colline.

La vallée s'ouvre : sur ses rives, des cascades de terrasses cultivées et des villages accrochés très haut sont l'œuvre du travail séculaire des paysans népalais, véritables jardiniers du ciel.

Nous croisons toujours beaucoup de monde sur le chemin. Mais les enfants aux robes brunes de laine de yack, aux faces brunies sont déjà loin. Devant nous cheminent maintenant deux jeunes filles, élégantes, en vêtements très colorés, presque flashies-fluo.

Dernier campement Bhulbhule.

4 femmes du village viennent nous proposer des objets : colliers, bijoux..

Nous donnons un pourboire à tous ceux qui nous ont permis de faire ce trek

Nous mangeons un repas népalais…avec les doigts. Précédé d’un « café du Mustang ». Et terminons par un dessert : un gâteau préparé par notre équipe de cuisine hors pair.

Nous laissons quelques-unes de nos affaires à l’équipe qui nous a accompagnés et qui sont distribuées par tirage au sort. L’anorak de Jean-Jacques fait le bonheur d’un porteur, qui ne le quitte plus, même pour manger, danser, dormir…

Pour clore la soirée quelques pas de danse avec les porteurs, cuisiniers…

 

J 19/ Bhulbhule - Dumre – Kathmandu ( 1700m)
M : 2440 m. D : 1540 m. …en bus !!!! Durée :9H

Comme d’habitude le camp se réveille à 5H…du coté des cuisines.

Dans notre mi-sommeil le grondement du torrent nous ramène encore à la réalité du trek…mais de ce périple maintenant finissant.

Ce sera en effet notre dernier lever de campement.

Et puis…retour en bus à Kathmandu.

Nous apercevons, au travers des vitres du bus, encore ici ou là les cimes himalayennes : le Manaslu, l’Annapurna 2

Après 3 à 4 heures de route nous rejoignons la route principale à Dumre.

Encore 6 à 7 heures pour atteindre Kathmandu, où nous retrouvons la poussière, la pollution, les bruits…mais aussi le confort de l'hôtel. Une bien rude journée.

 

J 20/ Kathmandu

Découverte de quelques sites de la vallée de Kathmandu :

-    Pashupatinath, où, sur les berges de la Bagmati, rivière sacrée, devant le temple, se déroulent les crémations,

-    et Bodhnath, avec le plus grand stupa de la vallée. Centre religieux de l’importante population d’exilés tibétains.

Le soir, repas au Kirloys offert par le CAF.

 

J 21 / Kathmandu

Visite

-    de Swayambhunath (grand temple bouddhique perché sur une hauteur, « temple des singes »…voleur de bananes d’Elisabeth !..., nombreux sanctuaires et marchands)

-    et Kirtipur (ambiance paisible, hors du temps. Temples imposants et peu visités. Nous mangeons sur une terrasse assis au sol).

La visite prévue d’un orphelinat aidé par l’association mulhousienne Keta Keti ne peut se faire en raison du blocage des routes par le PCN(M) le parti communiste népalais ( maoïste)

Repas du soir offert par Mandala avec danses folkloriques, suivi d’une séance de guérison de Paul par un sorcier népalais maniant tambourin et signes cabalistiques.

 

J 22 / Kathmandu

Journée libre à KTM

 

J 23 . Le 12 novembre.

Retour à Mulhouse, contents de ce voyage… En effet :

-    La météo était idéale : 23 jours de soleil !
-    Tous les participants ont passé le col à 5100 m et ont bouclé le circuit.
-    La cuisine était excellente, les repas variés et le service à volonté.
-    Le guide (sirdar) et son équipe étaient efficients et sympathiques.
-    84 heures de marche, 200 km avec près de 10.000 mètres d’ascension et de descente, c’était impeccable pour garder la forme…..
-    ….et plonger dans ce pays, le Népal, entre Chine et Inde, hindouisme et bouddhisme en osmose, dans une civilisation et des ethnies oscillant entre le 21ème siècle et la préhistoire.

Namas-té.
Jean-Jacques THUET

CLUB ALPIN FRANCAIS MULHOUSE
1 RUE DE THANN
68200  MULHOUSE
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